Communication Croissance personnelle

La culpabilité comme arme de manipulation

culpabilité

Dans la foulée des articles portant sur les outils de manipulation, j’aimerais aujourd’hui vous parler de comment nous pouvons être manipulés par la culpabilité. En anglais, on utilise l’expression guilt trip lorsqu’une personne tente de nous faire sentir coupable afin de nous forcer à agir dans son intérêt ou à penser comme elle. La culpabilité est l’une des armes de manipulations qui fonctionnent le mieux, car c’est une émotion à laquelle nous sommes tous vulnérables.

La culpabilité est une émotion normale. Elle est utile lorsqu’elle indique que nous avons eu un comportement ou des paroles inappropriés, que nous avons agi à l’encontre de nos propres valeurs, dans la mesure où elle nous pousse à nous amender, c’est à dire reconnaître notre erreur et au besoin s’excuser à qui de droit, et effectuer un changement de comportement dans le futur. La fonction de la culpabilité est de faire de nous de meilleures personnes. Mais elle est aussi un outil de mesure facile à fausser. Combien de fois nous sentons-nous coupables pour de mauvaises raisons, voire pour aucune raison apparente? C’est pourquoi il est si facile de tomber dans le piège lorsque quelqu’un utilise ce sentiment pour nous manipuler: elle n’a qu’à utiliser une émotion qui est déjà là, toute prête à être utilisée! Le manipulateur nous pousse dans la flaque de culpabilité, et n’a plus qu’à nous regarder nous noyer dedans, ce que nous faisons généralement très bien d’ailleurs.

Souvent, on se fait avoir par le manipulateur et on agit selon les comportements qu’il souhaite nous voir adopter, afin de faire taire ce sentiment de culpabilité, et montrer qu’on est une bonne personne. Mais après coup, on a peut-être le sentiment de s’être un peu fait avoir et on regrette, sans comprendre exactement pourquoi on n’a pas pu ou su, encore une fois, tenir tête à cette personne et se tenir debout pour nous-mêmes, pour nos besoins, nos limites ou nos valeurs.

« Si tu m’aimais…» 

Parce que nous souhaitons être de bonnes personnes, faire la bonne chose, répondre à ce que les autres attendent de nous, et détestons être perçu comme le méchant dans l’histoire, décevoir ceux qu’on aime, ou ne pas être à la hauteur, il est facile de nous faire faire toutes sortes de choses que nous ne voulons pas. Nous sommes particulièrement vulnérables en ce qui concerne les relations amoureuses. Parce que nous voulons être de bons partenaires, de bons amoureux, de bons amants, il est facile de jouer sur la culpabilité dans ce domaine. Les phrases commençant par « Si tu m’aimais… » « Si tu étais un bon partenaire… » sont toujours de la manipulation, car la personne qui les dit nous impose sa vision de comment on devrait se comporter en tant que partenaire et de quelle façon notre amour devrait s’exprimer. 

« Après tout ce que j’ai fait pour toi! »

Certaines personnes utilisent ce qu’elles ont fait pour vous par le passé pour vous forcer à leur donner ce qu’elles attendent de vous en retour. S’il est vrai que les relations sont un lieu d’entraide et de coopération, cela ne signifie pas pour autant que cette entraide et ce soutien puissent être exigés. L’un des principes de la Communication Non Violente (CNV) est qu’il y a une distinction importante entre une requête et une exigeance.

Lorsqu’une personne formule une requête, l’autre a le droit de répondre oui ou non, selon ce qui lui convient dans l’instant présent. Si une personne n’a pas le droit de dire non à ce qui lui est demandé, alors il ne s’agit plus d’une requête, mais bien d’une exigence. En relation, les partenaires devraient toujours avoir le droit de dire non, en vertu de leurs propres besoins, désirs et valeurs.

Malheureusement, il n’est pas rare que rendre service ou se dévouer pour quelqu’un soit motivé par un sentiment d’obligation, derrière lequel se cache la culpabilité, plutôt que par un réel désir de s’investir dans cette personne et une réelle volonté de lui venir en aide. « Cette personne a été là pour moi par le passé, je lui dois bien ça ». 

Culpabilité et pardon

Parfois, une personne manipulatrice peut nous faire sentir coupable pour nous obliger à accepter ses mauvais comportements et mauvais traitements. Ex: « Personne n’est parfait. Tout le monde a droit à l’erreur. Tu devrais me pardonner. » « Moi je t’ai pardonné quand tu as fait xyz. Tu devrais me pardonner aussi. »

Certes, tout le monde commet des erreurs, et pardonner est un élément essentiel de toutes les relations. Mais pardonner est quelque chose qu’on doit faire par choix, pas parce que quelqu’un d’autre nous y contraint en nous faisant sentir coupable de ressentir de la colère ou de l’indignation. Par ailleurs, s’il s’agit bien d’une erreur que nous pardonnons, cela se verra dans le fait que la personne agira mieux la prochaine fois, en tirant des leçons de cette situation.

Un manipulateur retournera au contraire faire la même chose encore et encore, car il n’a jamais eu l’intention de changer. Pourquoi devenir une meilleure personne quand il est si simple de mal se comporter et de demander pardon ensuite? 

Par ailleurs, pardonner à quelqu’un ne veut pas dire qu’on reste dans la relation. Parfois, on pardonne, dans le sens oû l’on fait la paix avec ce qui s’est passé, oû l’on n’entretient plus de rancoeur envers la personne qui nous a causé du tort, ce qui ne signifie pas qu’on va poursuivre le même lien avec cette personne si une limite importante pour nous a été transgressée.

Victimisation

Dans la plupart des cas présentés plus haut, ce qui ressort constamment est que la personne qui vous manipule se positionne en victime, alors que vous êtes le perpétrateur d’une offense qu’ils projètent sur vous, et dont vous vous sentez dès lors coupable  « Tu ne te préoccupes pas de mes sentiments! »  « Tu ne penses qu’à toi-même! »

Le plus difficile dans ces cas-là est de ne pas tomber dans la justification afin de tenter de convaincre la personne manipulatrice que nous ne sommes pas coupables de ce dont elle nous accuse. C’est un débat sans issue, puisque l’autre ne se préoccupe pas de la réalité, mais d’obtenir ce qu’elle veut.

Rappelez-vous que vous êtes responsable de vos choix et actions, mais que l’autre personne est responsable de comment elle réagit et de ses propres émotions face à vos limites et vos refus. 

Les enfants comme arme pour un guilt trip

Si vous êtes parents, vous savez combien il est facile de se sentir coupable pour tout et pour rien concernant le bien-être de notre progéniture. Notre peur de ne pas être d’assez bons parents est un puits sans fond, qui donne aux manipulateurs une arme toute désignée pour nous faire sentir coupable sans effort: « Tu ne va tout de même pas me quitter! Imagine la peine que tu vas faire aux enfants! » « Si tu étais un bon père/une bonne mère… » 

Sortir de la culpabilité

  • Lorsque quelqu’un tente de nous faire sentir coupable, il est important de se rappeler que les seuls standards permettant d’évaluer si nous devons nous sentir coupable sont nos propres valeurs. Une personne qui veut nous faire sentir coupable le fait en fonction de ses propres valeurs ou désirs, qu’elle tente de nous imposer « Tu devrais … » « Si tu étais une bonne personne, tu … » Il faut donc prendre le temps de revenir à soi, de faire le point sur nos valeurs, nos besoins et nos désirs et les distinguer de ceux de notre partenaire. Il est essentiel de faire la différence entre les sentiments imposés de l’extérieur et ceux inspirés de l’intérieur.
  • Pour pouvoir prendre ce recul, il peut s’avérer nécessaire de s’éloigner de la discussion ou de la demande : « Je ne suis pas en mesure de te répondre tout de suite, je dois y réfléchir et je te reviens », est une phrase qu’on devrait oser dire plus souvent. D’ailleurs, une personne qui insiste lorsque nous voulons prendre du temps pour réfléchir est en soi un red flag indiquant que la personne ne respecte pas nos limites et notre autonomie. Une personne manipulatrice a avantage à nous pousser à répondre plus vite que ce que nous voudrions, car nous réfléchissons moins bien lorsque nous sommes sous pression et que nous prenons des décisions précipitées. Au contraire, nous avons moins de chances d’être manipulés par un guilt trip si nous prenons du recul. 
  • Faire la paix avec nos erreurs passées. Ainsi, une personne ne pourra pas nous manipuler en nous remettant pour toujours la même erreur sur le nez. L’erreur est humaine. Mais si nous avons modifié notre comportement et présenté nos excuses, il n’y a pas de raison qu’on doive « payer pour cette erreur » indéfiniment.

 

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