Sexualité

Mon bobo et moi

herpès

J’y ai beaucoup réfléchi, à mon Bobo.

Après le choc et la profonde déception, vient la vérité.

Et, en toute franchise, la plus grande vérité est que je ne suis pas la seule. Je ne suis pas la seule à avoir ce Bobo. Et je sens que je ne devrais pas être seule à dealer avec ca non plus.

Alors au lieu d’écouter le tabou, la négativité et l’envie de tomber en dépression, au lieu de penser que ma vie sexuelle est finie et uqe plus personne ne voudra jamais de moi, j’ai plutôt envie d’en parler ouvertement et de briser le tabou. Les gens dealeront avec ma franchise comme ils le peuvent.

Lorsque j’ai eu ma première lésion

Lorsque j’ai eu ma première lésion, j’ai vraiment paniqué! Vraiment. J’étais certaine que mes partenaires me quitteraient dès qu’ils sauraient. J’étais certaine que mes nouvelles dates me flusheraient sur le champs (et certains l’ont fait).

En fait, je ne savais pas comment gérer ca avec une nouvelle personne.

Je ne sais même pas comment ni de qui j’ai attrapé ca. Peut-etre que ca fait des années que je suis porteuse sans le savoir. Est-ce vraiment important? Est-ce important de savoir oû j’ai attrapé ca? Je suis pris avec mainteant.

La première lésion, c’était l’enfer!!! Ca faisait tellement mal! J’aurais aimé qu’on me dise combien c’était facile à attraper. Comment ca se répand d’une personne à l’autre. Une semaine complète de douleur et de démangeaison. Je ne pouvais pas marcher ni m’asseoir. J’en ai pleuré à m’user les yeux. La médication n’appaisait pas vraiment les symptomes. J’ai essayé de trouver des trucs sur internet…je vous dis tout de suite, surtout, n’essayez pas le bicarbonate!

J’ai capoté. J’en ai parlé avec mon partenaire de vie. Il a capoté lui aussi… mais d’une bonne facon.

S’informer

Il a commencé à s’informer. J’ai de la chance. C’est lui qui m’a ouvert les yeux sur le tabou qui entoure ce Bobo, cette maladie.

Il m’a expliqué que c’était comme d’attraper une grippe… de vagin!

Oui, tu l’as. Tu ne peux pas t’en débarasser. Ce n’est pas mortel, mais c’est poche en crisse.

C’est d’autant plus poche de savoir que jusqu’à 60% de la population est porteuse1. Que si j’ai eu 30 partenaires sexuels dans ma vie, ca veut dire qu’environ 24 d’entre eux étaient porteurs du virus de l’herpès, actif ou non. Alors, je me demande comment ca se fait qu’aucun de mes partenaires ne m’a jamais dit  »tu sais, j’ai l’herpès ».

Si autant de monde a l’herpès, comment est-ce que c’est devenu un aussi grand tabou? Pourquoi sommes-nous si peu informés à ce sujet? Pourquoi n’ai-je pas appris à l’école que si j’ai un feu sauvage sur une lèvre, il ne faut pas donner de sexe oral à maon partenaire? Ca reste pourtant la manière la plus facile de transmettre l’herpès! Pourquoi n’apprenons-nous pas que les poils pubiens offrent une barrière naturelle contre la transmission de certaines ITSS? C’est pourtant une connaissance aussi basique que d’apprendre à tousser dans notre coude quand on a un rhume, de couvrir notre nez et notre bouche pour ne pas transmettre nos virus à tout le monde.

Parce qu’il y a si peu d’information adéquate sur la question, la première réaction est  »yark! »

C’est à un point tel qu’il existe des sites de dating exprès pour les gens qui ont l’herpès…

Est-ce qu’on n’est pas en train de nourrir le tabou en isolant les gens qui ont cette maladie?

Saviez-vous qu’il y a deux fois plus de gens qui ont l’herpès de type 1, celui qui cause les  »feux sauvages », que de gens qui ont l’herpès de type 2, qui se trouve généralement sur les parties génitales?

Je suis allé au groupe de support pour aller chercher de l’information, et pour me sentir bien avec moi-même à nouveau. Mon partenaire est venu avec moi. Je me suis sentie choyée. Le groupe de support était vraiment déprimant.

Une femme voulait poursuivre le gars qui lui avait donné l’herpès. (oui, vous pouvez intenter une poursuite pour ca, mais vous n’avez pas grand chance de gagner).

Une femme l’avait attrapé parce que son mari l’avait trompée. Elle avait quitté son mari.

Une jeune fille, à 21 ans, sentait que sa vie était finie.

Un homme se battait avec ce problème depuis déjà 4 ans. Quand on lui a demandé comment il abordait la question avec ses partenaires avant les relations sexuelles, il a répondu qu’il n’en parlait qu’APRÈS, si la relation semblait vouloir devenir sérieuse. Déprimant je vous dis!

La seule chose que ce groupe m’a appris, c’est que si vous prenez le Valtrex tous les jours, vous réduisez d’1% le risque de transmettre le virus.

Mais pas grand-chose n’était fait pour dédramatiser le sujet

Hey, vous ne mourrez pas de l’herpès!

Alors, est-ce que l’herpès va m’empêcher de vivre pleinement, et d’assumer ma sexualité?

Non.

Mais ce qui m’empêche de vivre pleinement, c’est que quand je dis aux gens honnêtement, sans détour, que j’ai l’herpès génital, même si je fais tout ce que je peux pour éviter la transmission, ca arrête beaucoup de monde. Parce qu’il y a un tabou.

Alors maintenant,

Dites-moi, honnêtement,

Une partenaire qui vous parle sans détour de son Bobo dès le départ, (et pas seulement quand le désir commence à monter…)

Ou une nouvelle partenaire qui prend sa petite pilule bleue et qui ne vous en parle pas?

De toute facon, vous aussi êtes selon toute probabilité, porteur (et donc transmetteur) du virus de l’herpès, sans le savoir.

Jusqu’à 60% des gens le sont.

Alors, peut-on briser le tabou et en parler, de mon Bobo, de VOTRE Bobo?

1 Les statistiques varient d’un pays à l’autre et d’une région à l’autre.

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3 Commentaires

  • Répondre
    Easyoff
    9 juin 2017 at 09:40

    Merci pour cet article.

    J’ai reçu un diagnostic d’herpès génital (après apparition de lésions) quelques jours après avoir lu cet article. Une chance! Il a pavé inconsciemment mon chemin d’acceptation.

    J’ai fait beaucoup de recherches et j’ai discuté avec mon gynécologue et mes amis dans le domaine de la santé: le test sanguin de dépistage du virus n’est pas fait systématiquement lors des tests de dépistage, il faut le demander et paraît-il, insister si on n’est pas crise et qu’on ne dit pas avoir été en contact avec un porteur de virus. Et selon les stats que je trouve, 1 personne sur 5 a le virus génital. C’est parce que ça en fait du monde porteur au pied carré!!!

    Et comment peut-on éviter de se transmettre l’ITSS virale la plus répandue et contagieuse si malgré les tests responsables réguliers on ne se sait pas porteur car on ne nous dépiste pas? L’homme qui me l’a transmis avait passé ses tests en règle, comme moi, nous avons été tous deux hyper responsables et s’en est résulté malgré tout un accident de condom.

    Sur le site web de la renommée clinique l’Actuel (http://cliniquelactuel.com/La-serologie-herpes-differentielle-Une-autre-facon-de-diagnostiquer-l-herpes), il est clairement stipulé : « Rappelez-vous que les tests usuels de dépistage des ITS n’incluent pas le test d’herpès et que ce dépistage n’est pas encore recommandé de façon routinière. Par contre, si vous êtes néanmoins préoccupé et que vous désirez la sérologie différentielle d’herpès, discutez-en avec votre médecin. »

    Je me demande pourquoi le système de santé est si retardé. Je suis donc d’accord avec l’auteure de cet article, et j’éprouve les mêmes questionnements. J’avais pourtant plein de préjugés avant de lire. Ma crise est si souffrante que je me demandais comment quelqu’un peut ne pas se savoir atteint. Asymptomatique dans jusqu’à 80% des porteurs. Ah ben! Une autre bonne raison de dépister *systématiquement*, non?!

    Malgré ces questionnements, et bien que je sois en deuil d’une vie sexuelle qui est maintenant altérée à jamais, je navigue dans le chemin de l’acceptation et me renseigne. Je ne suis pas défaite du tabou encore puisque je ne signe même pas mon vrai nom.

    J’espère que nous le briserons, ce tabou, un pas à la fois, grâce à entre autres cet article. Merci.

  • Répondre
    Jérôme Plante
    29 mai 2017 at 15:29

    Bonjour à l’auteure de cet article, j’ai adoré le lire et le relire, il m’accroche énormément, moi qui est atteint du type 1 depuis quatre ans maintenant et qui ressens énormément ce tabou dans la société de nos jours lorsque j’en parle. D’ailleurs, je suis dans une situation qui m’affecte présentement, car je viens d’apprendre que l’un de mes partenaires a attrapé l’herpès de type 1. On se fréquente depuis longtemps et il sait pour mon bobo depuis le début pratiquement, je trouvais important qu’il sache, mais j’espérais bien que ça n’arriverait jamais qu’il soit contaminé et j’ai toujours fait tout ce que je pouvais pour réduire les risques de transmission. Même si je ne peux pas être certain à 100% que c’est moi qui lui a transmis, bien sûr que je me sens mal quand même et surtout, je sens que ça l’affecte énormément de savoir qu’il est pris avec ça et de mon côté, je me sens impuissant face à ça, je ne sais pas quoi dire ou faire, j’ai tellement l’impression de ne rien pouvoir faire pour changer la situation. Il a probablement lu cet article car il est avec moi membre d’un groupe dans lequel cet article a été partagé, mais pour l’instant il semble surtout être sous le choc de la nouvelle. J’avais surtout envie de partager mon désarroi face à cela car même si je sais que ça fait partie de moi, il y a des jours où je considère que c’est comme une malédiction que j’ai au-dessus de la tête. Merci pour cet article et avez-vous des idées de comment je pourrais le supporter là-dedans?

  • Répondre
    valery djondo
    28 mai 2017 at 15:33

    J’ai modifié une phrase qu’intéressait et je l’ai repostée sur g+
    Je vais aussi poster sur Facebook.
    La raison du tabou des gens, c’est que les institutions sont négationniste sur ce sujet. D’un point de vue général, ceux qui ont le pouvoir refusent de dire lorsqu’ils ne savent pas. L’attitude générale des sociétés dominante, c’est qu’il faut apparaître fort. Il vaut mieux mentir bien que de mal dire la vérité.
    J’utilise le terme « négationniste » parce que c’est celui utilisé pour ceux qui contestent la version officielle concernant la Shoah. Mes recherches en Guadeloupe et mon vécu dans cette île me pousse inexorablement vers l’étude de ces rapports de pouvoir entre des gens qui ne se connaissent pas encore.
    Il semble que le rapport au sexe aie de similarité avec le rapport de pouvoir économique eux mêmes liés à l’appartenance religieuse-ethnique. Les deux sont liés par une volonté philosophique qui prend sa force dans l’argent dans une société qui est dominée par l’argent.
    C’est tabou de parler de ses faiblesses parce que ça n’est pas valorisé.

    voila la phrase telle que je l’ai modifiée pour l’accroche de l’article:

    Si autant de monde a l’herpès, comment est-ce que c’est devenu un aussi grand tabou? Pourquoi sommes-nous si peu informés à ce sujet? Pourquoi n’ai-je pas appris à l’école que si j’ai un feu sauvage sur une lèvre, il ne faut pas donner de sexe oral à maon partenaire? Ca reste pourtant la manière la plus facile de transmettre l’herpès! Pourquoi n’apprenons-nous pas que les poils pubiens offrent une barrière naturelle contre la transmission de certaines ITSS? C’est pourtant une connaissance aussi basique que d’apprendre à tousser dans notre coude quand on a un rhume, de couvrir notre nez et notre bouche pour ne pas transmettre nos virus à tout le monde.

    Parce qu’il y a si peu d’information adéquate sur la question, la première réaction est »yark!

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