Croissance personnelle Jalousie et compersion

La jalousie vue comme une pieuvre à 8 pattes – Partie 1

La pieuvre de la jalousie

Illustration par Nancy Isabelle Labrie

Partie 1 : Identifier et comprendre ses triggers

Lorsque je dis à quelqu’un que je suis polyamoureuse, je peux m’attendre à me faire poser LA question : « non mais, t’es pas jalouse ??? » Et ma réponse est toujours la même : « Bien sûr, je suis jalouse comme tout le monde ! » (bon, ok, peut-être pas comme tout le monde…) La jalousie est un sentiment universel, et il est absolument normal de la ressentir. Les polyamoureux n’y sont pas plus immunisés que ne le sont les monogames. Mais ils comprennent que, comme n’importe quel sentiment négatif, la jalousie peut se comprendre, se travailler et qu’on finit par la ressentir de moins en moins souvent, avec de moins en moins d’acuité.

Lorsqu’il est question de progresser dans notre compréhension, gestion et éventuellement l’élimination de la jalousie, mon outil de prédilection, celui auquel je reviens à chaque fois et que je recommande à tout le monde est la Pieuvre à 8 pattes de Reid Mihalko. Reid est un sex educator américain dont je suis une fan-finie ! Ce gars-là est tombé dans le polyamour comme Obélix est tombé dans la potion magique, et l’une de ses grandes contributions est un séminaire-web, dans lequel il compare la jalousie à une pieuvre.

Le présent post est largement inspiré des notes de cours qui accompagnent ce séminaire de Reid et de sa collègue Dr. Beth. Pour des raisons évidentes de droits d’auteur, il n’en est ni une copie fidèle, ni une traduction exacte, tout au plus une version personnelle illustrée de quelques exemples de mon cru. Mon souhait est de rendre accessible aux polyamoureux francophones la métaphore de la pieuvre-à-8-pattes, afin qu’elle soit pour eux comme elle a été pour moi, la petite lumière au bout du tunnel et le début d’une meilleure compréhension de soi. J’espère également qu’elle devienne le point de départ de conversations constructives au sein des couples polyamoureux.

À propos de la jalousie

Tout d’abord, il faut comprendre que la jalousie n’est pas une seule émotion, mais plutôt un sentiment composite, c’est-à-dire qu’il est fait de plusieurs émotions mélangées. C’est ce qui la rend souvent difficile à identifier et à comprendre, et qui cause un sentiment d’impuissance. Les facteurs qui composent la jalousie peuvent généralement être regroupés en 8 catégories, que nous compareront aux 8 pattes d’une pieuvre.

Chaque individu est unique quant à ses sensibilités en matière de jalousie. Ce qui rend une personne insécure à se mettre en boule dans un garde-robe ne provoquera absolument aucune réaction chez une autre personne, et inversement. De plus, le nombre de pattes qui afflige chaque personne va varier : certaines personnes semblent être sensibles à toutes les pattes-de-pieuvres, et ressentent par conséquent souvent de la jalousie, alors que d’autres personnes ne sont affligées que par une ou deux de ces pattes. Enfin, il y a des « degrés » dans la réactivité de chacun à un facteur de jalousie. Ce n’est pas tout noir ou tout blanc, jaloux au complet ou pas jaloux du tout ; on se situe le plus souvent quelque part entre les deux sur un continuum. Il peut être utile de quantifier l’importance qu’on accorde à chaque patte-de-pieuvre, en donnant des notes de 1 à 10. 1 étant : ce facteur ne m’affecte pas du tout, 10 étant : ce facteur m’affecte à un point extrême. On peut, par exemple, être à 3 sur 10 pour une certaine patte-de-pieuvre et 8 sur 10 pour une autre patte. Si vous faites partie de ceux qui ont plusieurs pattes-de-pieuvre de la jalousie ou qui ont des niveaux élevés, ne désespérez pas : la jalousie n’est pas comme une maladie incurable qui va vous incapaciter pour le reste de votre vie de polyamoureux ; Cette vilaine pieuvre et ses pattes maléfiques peuvent être apprivoisées, une étape à la fois !

Chaque patte peut être influencée par les autres. Un peu comme une allergie combinée : les fraises ou l’exposition au soleil ne vous causeront peut être pas d’allergie séparément, mais combinez les deux et vous vous tapez une réaction allergique qui vous fait vous gratter partout ! Ainsi, l’insécurité seule n’est peut être pas un problème, ni le sentiment d’infériorité, mais la minute ou les deux sont combinés, vous vous retrouvez aux prises avec un sentiment de jalousie que vous comprenez d’autant moins que chaque élément séparé n’est pas en soi une source de difficulté.

De plus, des éléments qui n’ont rien à avoir avec les pattes-de-pieuvres de la jalousie peuvent modifier votre seuil de tolérance : Stress, fatigue, variations hormonales, deuil, maladie, dépression saisonnière, consommation d’alcool et autres substances, etc.

Ces facteurs extérieurs peuvent s’ajouter aux pattes-de-pieuvres et créer des mélanges d’émotions explosifs. Les polyamoureux ont donc des raisons supplémentaires de maintenir une saine hygiène de vie ; en effet, y a peu de chances d’arriver à gérer avec succès les émotions qui composent la jalousie si on n’a pas, notamment, des mécanismes de gestion du stress, des heures de sommeil en quantité suffisantes (à tenir en compte si vous êtes polyamoureux et parents de jeunes enfants), ou de la modération dans sa consommation d’alcool (l’alcool étant un facteur de problèmes conjugaux, peu importe le nombre de partenaires qu’on a).

Les trois étapes vers l’empowerment

Empowerment est un mot qui n’a pas vraiment de bon équivalent en français, mais qui désigne le sentiment d’avoir du pouvoir sur sa propre vie et les conditions de sa propre existence. Les trois étapes de l’empowerment sont les suivantes :

  1. Connaître vos propres pattes-de-pieuvres (aussi appelées triggers, ce qui signifie en anglais « déclencheurs »)
  2. Apprendre comment gérer intérieurement vos triggers.
  3. Échanger avec votre partenaire à propos de vos triggers et comment il/elle peut vous aider à être plus sécure.

Posons-nous maintenant quelques questions qui vont nous aider à identifier quelles pattes-de-pieuvres (triggers) sont susceptibles de nous affliger :

Les 8 pattes-de-pieuvres de la jalousie

Quelques questions…

1

Possessivité, contrôle,

besoin de se sentir spécial

  • Combien possessif vous sentez-vous envers votre partenaire ?

  • Si vous ne vous sentiez pas en contrôle de la situation, comment vous sentiriez-vous ? Pourquoi serait-ce un problème ? Qu’est-ce qui serait difficile à propos de cela pour vous ?

  • Sur une échelle de 1 à 10, évaluez votre besoin de vous sentir spécial(e) aux yeux de votre partenaire ?

  • Si vous ne vous sentiez pas spécial pour votre partenaire, comment vous sentiriez-vous ? Pourquoi serait-ce un problème ? Qu’est-ce qui serait difficile à propos de cela pour vous ?

2 Insécurité
  • Combien sécure ou insécure êtes-vous dans votre relation ?

  • Quel est le risque que votre relation tombe en ruines ?

3 Perte
  • Combien craignez-vous de perdre l’autre ou d’être abandonné ?

  • Le changement vous fait-il peur ? Percevez-vous le changement comme une perte ? Est-ce qu’une chose ou une personne qui sort de votre vie laisse un vide ?

4 Rejet
  • À quel point percevez-vous le rejet comme un affront personnel ? Comme une négation de votre valeur personnelle ?

  • Si la relation se termine, que votre partenaire vous quitte, qu’est-ce que cela signifie à propos de vous-même ?

5 Solitude
  • Aimez-vous être seul(e) ?

  • Quel est le problème lorsque vous n’êtes pas avec votre partenaire ?

  • Seriez-vous jaloux si vous aviez d’autres plans de votre  coté ?

  • Combien de vos requêtes dans votre relation sont motivés par la volonté de ne pas être seul(e) ?

6 Justice/équité
  • Jusqu’à quel point mettez-vous l’accent ou accordez-vous de la valeur aux concepts de justice et d’équité ? Jusqu’à quel point ces concepts sont-ils, pour vous, synonymes de parité ou d’être identiques ?

  • Qu’est-ce qui est juste ? Qu’est-ce qui est équitable ?

7 Perception de soi/sentiment d’infériorité (envie)
  • Votre perception de vous-mêmes est-elle influencée par la comparaison sociale ?

  • Qu’est-ce qui vous fait sentir moins bon(ne), inférieur, lorsque vous vous comparez à quelqu’un d’autre ? Est-ce que vous n’avez pas ou ce que vous n’êtes pas ?

8 Convoitise/manque/pénurie (envie)
  • Combien aspirez-vous à avoir des choses que vous n’avez pas ?

  • Pourquoi avez-vous besoin ou voulez-vous cela dans votre vie ?

  • Si je n’ai pas ………….. cela signifie pour moi que ……………….

Pourquoi connaître vos triggers (pattes de pieuvres) est important, et comment fonctionnent-ils ?

Tout d’abord, soyez conscient que votre communauté, votre famille et vos amis accordent davantage d’importance à certains triggers qu’à d’autres.

Mais aucun trigger n’est en soi plus important, ou mieux, ou pire que les autres. Vous avez les triggers que vous avez. Ne portez pas de jugements de valeur sur vos triggers, ni sur ceux des autres.

Il se peut que votre partenaire ne comprenne pas vos triggers. Chaque personne est unique dans ce qui lui cause de la jalousie et ce qui ne lui en cause pas. Il faut de la compassion pour accepter que l’autre soit sensible à un déclencheur qui ne nous fait rien. Parce que je ne  »comprends pas » pourquoi l’autre est sensible à une patte-de-pieuvre en particulier ne veut pas dire que sa réaction n’est pas valable et que son vécu ne mérite pas d’être pris en considération. Chacun doit pouvoir exprimer ce qui lui cause un malaise sans en éprouver de culpabilité ou de honte – c’est plus facile à dire qu’à faire, d’ailleurs ! On se sent tellement facilement coupable ou honteux de ressentir de la jalousie ! 

1. La patte-de-pieuvre de la possessivité, du contrôle et du besoin de se sentir spécial

Le besoin de se sentir spécial se manifeste de différentes manière en fonction des individus. Certains ont besoin de se sentir plus spéciaux dans la sphère affective de leur partenaire, alors que d’autres ont davantage besoin de se sentir spéciaux dans la sphère sexuelle. Ces besoins peuvent se manifester de façons variées. Par exemple, cela vous dérange-t-il si votre partenaire donne à son autre amoureuxe le même petit surnom affectueux qu’il vous donne à vous ? Y a-t-il des activités que vous trouvez plus difficiles de voir votre partenaire partager avec d’autres personnes ?

Il est important pour vous de déterminer comment bien répondre à votre sentiment d’être spécial. Personne, à moins d’avoir un problème pathologique, n’a besoin de toujours être le plus spécial dans tous les domaines. L’objectif est de discuter avec votre partenaire de ce qui vous fait sentir suffisamment spécial pour ne pas tomber dans la zone critique. Voici quelques questions qui peuvent guider vos échanges à ce sujet :

  • Sur une échelle de 1 à 10, évaluez votre besoin de vous sentir spécial(e) pour votre partenaire. Combien avez-vous besoin de vous sentir unique ? Dans quels domaines en particulier ressentez-vous le besoin de vous sentir spécial(e) ?

  • Encore sur une échelle de 1 à 10, à quel point avez-vous besoin de vous sentir irremplaçable ?

  • Combien avez-vous besoin de vous sentir  »à la place du chauffeur » ou dans une position unique ? (sur une échelle de 1 à 10 toujours)

  • En quoi sentez-vous que vous n’êtes pas comme les autres ?

  • Quelles sont les aspects  »sacrés » de votre relation, que vous n’êtes pas prêt à partager avec d’autres (ou pas tout de suite) ?

Si vous avez un fort besoin de vous sentir spécial, il peut être très difficile pour vous de vivre dans une situation où votre partenaire, par la manière dont il/elle agit ou parle de ses relations, ne répond pas naturellement à votre besoin de vous sentir unique. Vous pouvez aussi ressentir de la jalousie en lien avec votre besoin de vous sentir spécial dans d’autres contextes que dans votre vie amoureuse. Par exemple, au travail, si un collègue occupe la place  »spéciale », ou dans votre vie familiale, si un enfant occupe cet espace privilégié. Si, au contraire, vous ne ressentez pas le besoin de vous sentir spécial, il se peut que cet aspect ne soit pas un trigger de jalousie pour vous. Tant mieux ! Mais ne perdez pas de vue que c’est peut être différent pour votre partenaire ! Chacun est unique !

Afin de rendre les choses plus concrètes pour votre partenaire, énumérez 5 choses qui vous font sentir particulièrement spécial à ses yeux.

Énumérez maintenant 5 choses qui vous font sentir non spécial, et discutez-en avec votre partenaire.

2. La patte-de-pieuvre de l’insécurité dans la relation

Ce n’est pas la même chose que d’être une personne insécure en général. On parle ici du sentiment que la relation elle-même n’est pas tout à fait sécure. En fait, on peut être une personne généralement sure à propos d’elle-même, mais insécure à propos de certains aspects spécifiques dans sa vie. Votre sentiment par rapport à la relation n’est donc pas forcément un indicateur de comment vous vous percevez en tant qu’individu, et ne devrait pas l’être non plus. Si vous sentez que votre relation est vraiment forte, alors cette patte-de-pieuvre ne sera probablement pas un trigger de jalousie pour vous. Par contre, si vous sentez que votre relation est fragile, la jalousie pourrait effectivement se manifester sous forme d’insécurité.

Identifiez ce qui pourrait rendre votre relation solide comme le roc ! Certains polyamoureux choisiront de se donner une phase de monogamie temporaire, le temps de régler certains problèmes, si la situation l’exige, et ouvrent leur couple à nouveau par la suite. Les questions suivantes peuvent aider à clarifier ce qui donne à chacun un sentiment de sécurité dans la relation et permet d’éviter les triggers de jalousie dus à l’insécurité :

  • Qu’est-ce qui vous donne (ou vous donnerait) le sentiment que votre relation est solide ?

  • Qu’est-ce qui vous permettrait de voir ou de ressentir que votre relation a des bases fortes ?

  • Lorsque votre relation est fragile, que vous traversez une période plus difficile de votre couple, qu’est-ce que votre partenaire et vous pourriez vous dire l’un à l’autre afin de renforcer le sentiment de votre engagement et/ou attachement l’un envers l’autre ?

3. La patte-de-pieuvre de la perte et de la peur de perdre

Le changement fait partie intégrante du cycle de la vie. Certaines personnes perçoivent les changements comme des transformations, alors que d’autres les ressentent comme des pertes. Si vous êtes quelqu’un qui percevez les relations comme des choses qui arrivent et repartent, il y a peu de chances que la patte de pieuvre de la peur de perdre produise une réaction de jalousie. Mais si vous percevez la perte d’une personne ou d’une relation comme un grand vide, que vous désirez éviter à tout prix, vous êtes plus susceptible de souffrir de la jalousie que cette patte-de-pieuvre occasionne.

  • Sur une échelle de 1 à 10, combien grande est votre peur de perdre l’autre ou de vous sentir abandonné ?

  • Lorsque quelqu’un proche de vous meurt, comment cela vous fait-il sentir ?

  • Lors de ruptures antérieures, comment avez-vous vécu la perte de la relation ? Comment la vivez-vous maintenant ?

  • Si votre partenaire quittait votre vie, comment vous sentiriez-vous ?

  • Quelles situations particulières déclenchent votre peur de perdre l’autre ?

Certaines relations, généralement celles dans lesquelles on se sent plus investi, peuvent susciter plus de peur de perdre ce qu’on a. Toutefois, si votre partenaire ne ressent pas la même peur de vous perdre, cela ne signifie pas que vous ne comptez pas pour lui/elle, seulement que cette patte-de-pieuvre n’est pas un trigger pour lui/elle comme ça l’est pour vous.

La peur de perdre ne touche pas que la personne elle-même, mais peut concerner certains éléments que vous chérissez dans la relation : perdre du temps ensemble, perdre la disponibilité émotionnelle de l’autre, perdre la complicité, etc. Quelle que soit la chose que vous craignez de perdre en raison de l’arrivée d’une nouvelle personne dans la vie de votre amoureuxe, il est essentiel de l’identifier et d’avoir une discussion ouverte à ce sujet, afin de mettre des mots sur votre peur, et également pour que l’autre puisse vous dire si vous risquez bel et bien de perdre ce que vous craignez. Souvent, on se crée des peurs qui n’ont pas lieu d’être.

4. La patte-de-pieuvre de la peur du rejet

  • Comment vivez-vous le rejet ?

  • En situation sociale, sans nécessairement être rejeté, vous sentez-vous souvent à part ? À l’écart ? Pas inclus ?

  • Dans votre relation, qu’est-ce qui vous fait sentir rejeté(e) ?

  • Dans votre relation, qu’est-ce qui vous cause un sentiment d’être à part, pas inclus ?

Il s’avère souvent utile d’identifier les phrases que vous vous dites intérieurement à propos du rejet que vous vivez et ressentez : je ne suis pas assez ……………………….. ; Je suis trop ………………………             Qu’est-ce que cela indique à propos de vous-mêmes ?

L’expérience du rejet dans l’enfance et l’adolescence que la plupart des gens vivent à divers degrés peut être marquante pour l’age adulte et avoir un impact important sur la manière dont nous vivons et interprétons nos relations amoureuses. Il n’est pas possible de traiter ce sujet globalement ici, mais le net et les librairies regorgent de documentation et de ressources concernant l’expérience et la gestion du rejet. Dans de nombreux cas, une psychothérapie peut également s’avérer utile afin d’identifier et de panser les vieilles blessures que l’on traîne depuis l’enfance et qui empoisonnent insidieusement nos relations. Assurez-vous de consulter un(e) psychologue ou thérapeute renseigné et ouvert au polyamour.

5. La patte-de-pieuvre de la solitude

  • Sur une échelle de 1 à 10, combien appréciez-vous être seul(e) ?

  • Quel est le problème lorsque vous n’êtes pas avec votre partenaire ?

  • Quelles sont les circonstances où le sentiment de solitude provoque de la jalousie ?

  • Seriez-vous jaloux/jalouse si vous avez des plans de votre coté ?

Notre réaction face à la solitude est très influencée par la culture, et étroitement liée à notre socialisation en fonction de notre sexe : les petites filles sont conditionnées très jeunes à rechercher leur valeur personnelle dans les relations avec autrui. La femme (et certains hommes également, cela va de soi, il s’agit seulement d’une généralisation) existe et perçoit sa valeur d’individu à travers le regard de l’autre. Par conséquent, la solitude, l’absence de cet autre, peut s’avérer le déclencheur d’angoisses profondes qui résultent en jalousie. Apprendre à être et se valoriser par soi-même, sans dépendre de l’autre, est un travail difficile mais essentiel, non seulement pour éviter la jalousie, mais pour bénéficier d’une bonne estime de soi en général, pour avoir une idée juste de sa propre valeur et afin d’être un individu complet.

On a tous grandi avec l’idée que nous sommes une moitié d’un tout, en quête de son autre moitié, qui devra combler parfaitement notre vide intérieur et nous faire sentir enfin complet. C’est le mythe amoureux par excellence ; l’autre personne nous complétera et nous ne serons plus jamais seul(e) ! Avec une telle vision des choses, ce n’est pas étonnant si, lorsque notre partenaire vaque à sa propre vie et à ses autres relations, cela est perçu par certains d’entre nous comme une trahison ! Je ne devais plus jamais ressentir la solitude maintenant que tu es dans ma vie ! C’est ta job que je me sente pas seul(e) ! Vrai ? Faux !!! Archi-faux ! La solitude faire partie intégrante de la vie, qu’on soit célibataire, marié, ou polyamoureuxe avec 3 conjoint-es !

Faire des plans de notre coté pour éviter la jalousie quand notre chéri-e a une date (ou quand ille prend du temps pour soi-même et n’est pas disponible pour nous, car on peut aussi être jaloux du me-time de notre partenaire, même si ça n’implique personne d’autre!) est une bonne solution à court terme. Mais ultimement, on doit viser surtout à se  »reprogrammer » afin de ressentir positivement les moments de solitude, plutôt que de les redouter. Être seul-e, c’est avoir un rendez-vous avec soi-même, c’est l’occasion de faire des choses dont on a envie depuis longtemps mais qu’on se dit toujours qu’on n’a pas le temps de faire : lire un livre, peindre, téléphoner à un-e ami-e qu’on a perdu-e de vue, redécorer son appartement, aller prendre une longue marche, écouter de la musique, DORMIR !!!!

6. La patte-de-pieuvre de la justice et de l’équité

  • Comment définissez-vous ce qui est juste ? Ce qui est équitable ? En quoi ces deux concepts se rejoignent ils ? En quoi diffèrent-ils ?

  • De 1 à 10, combien accordez-vous de valeur à que tout soit juste entre les partenaires ? De 1 à 10, combien accordez-vous de valeur à ce que tout soit équitable entre les partenaires ?

  • Si votre partenaire avait une date et que vous n’en aviez pas, comment cela vous ferait-il sentir ? Qu’est-ce qui pourrait améliorer votre sentiment face à la situation ?

  • Qu’est-ce qui vous fait sentir qu’il y a un manque de justice dans votre relation ? Qu’est-ce qui vous fait sentir qu’il y a un manque d’équité dans la relation ?

Il peut être utile ici de comprendre la distinction entre la jalousie et l’envie. Ceci sera l’objet d’un autre post, à paraître bientôt !

7. La patte-de-pieuvre de la perception de soi et du sentiment d’infériorité

  • Combien votre perception de vous-même est-elle influencée par la comparaison avec les autres ?

  • À quel point la perception et l’opinion des autres compte-t-elle dans l’opinion que vous avez de vous-même ?

  • Qu’est-ce qui vous affecte le plus lorsque vous vous comparez aux autres ? Ce que vous n’avez pas ? Ce que vous n’êtes pas ?

  • Les événements qui réveillent chez moi un sentiment d’infériorité sont : …………………..

  • De quelle manière pouvez-vous demander à être rassuré-e dans ces domaines par :

    • Votre partenaire ?

    • Vos amis ?

    • Vous-même ?

8. La patte-de-pieuvre de la convoitise, du manque et de la pénurie

  • Sur une échelle de 1 à 10, combien d’importance accordez-vous à des choses que vous n’avez pas ?

  • Pourquoi voulez-vous cela ? Pourquoi croyez-vous en avoir besoin ?

    • Qui/qu’est-ce qui vous a enseigné que vous avez besoin de cela ?

    • Qu’est-ce qu’avoir cela vous donnerait de plus ? Qu’est-ce que ça rendrait possible pour vous ?

    • Quel est le worse case scenario de ne pas avoir cela ?

    • À propos du besoin rempli par cette chose, qu’est-ce qui serait un autre moyen de répondre à ce besoin ?

  • Lorsque vous n’avez pas cette chose dont vous croyez avoir besoin, cela signifie que : …………………………….

    • Est-ce que ça veut vraiment dire cela ? Ou est-ce que c’est plutôt une histoire que vous vous racontez à vous-même ?

    • Quel serait le moyen pour moi de donner un nouveau sens à ce besoin ?

    • Qu’est-ce qui me nourrirait de manière constructive afin que ce besoin ne soit plus source ce jalousie ?

Maintenant que vous avez identifié et compris un peu mieux vos propres patte-de-pieuvres et ceux de votre partenaire, je vous invite à aller un peu plus loin, avec l’article « La jalousie vue comme une pieuvre à 8 pattes, Partie 2 : Désamorcer vos triggers et travailler avec les triggers de votre partenaire ». 

Affectueusement,

Hypatia

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4 Commentaires

  • Répondre
    Pour en finir avec la jalousie | L'Amour avec plusieurs A
    2 avril 2016 at 12:29

    […] polyamoureux québécois connaissent peut-être l’excellent blogue Hypatia from Space. Dans un billet précédent elle a adapté la typologie de Reid Mihalko, qui définit la jalousie comme un mélange de 8 […]

  • Répondre
    Retrouvailles… | K Photos
    29 février 2016 at 15:56

    […] « séparation« , nous étions apaisés. Nous avions relâché la pression, certaines lectures à propos de la jalousie m’ont fait prendre conscience d’à quel point j’étais, finalement, encore et […]

  • Répondre
    Alexandre (Le Caribou) - le-caribou.ca
    7 janvier 2016 at 17:56

    MER-CI! Merci infiniment pour cet article. Tu n’as pas idée de ce qu’il représente pour moi.
    Cette invitation à la réflexion, ce concept des 8 triggers, et je peux dire clairement que beaucoup d’éléments que j’ai lu dans cet article rejoignent d’autres approches en psychologie que j’ai étudiées.
    C’est bon !

    Alors juste pour être sûr d’avoir compris, l’idée via ces triggers et questions est de se les poser, soi même ou avec son conjoint afin de juste mettre en évidence les triggers c’est ca ?
    Je me suis amusé spontanément à répondre aux questions au fur et à mesure de la lecture et ai observé que l’ego tente tant bien que mal de s’immiscer et influencer les réponses.
    « sur 1 à 10, combien appréciez vous être seul ?  » Bah 9, j’adore ça être seul.
    Or après réflexion j’irai plus vers un 7 car des comportements ont déjà montré le contraire.
    Bref je me dis que de faire ca en couple peut être un enjeu, si nous ne prenons pas la peine de bien neuf écouter et déjouer l’ego.

    Aussi je trouve difficile de demander à son conjoint de nous aider dans nos blessures et triggers.
    Genre « chérie aide moi à me sentir spécial », un peu cocasse je trouve. Je suis un peu dubitatif à ce sujet. Je sais qu’il est bon et sain de demander de l’aide à ses proches, mais la je trouve que c’est trop proche du besoin d’estime auquel nous avons tous besoin, et auquel nous sommes responsables, nous même, d’y répondre.

    Sinon y a une question que je n’arrive pas à comprendre, c’est celle ci :
    « Seriez-vous jaloux/jalouse si vous avez des plans de votre coté ? »
    Est ce possible de m’éclairer stp? Des plans ?

    Honnêtement, merci infiniment pour cet article, j’ai appris, ca m’a donné de la clarté.
    Je suis très reconnaissant.

    • Répondre
      Hypatia
      11 février 2016 at 14:23

      Merci pour ton feed-back Alexandre !

      La question « Seriez-vous jaloux/jalouse si vous avez des plans de votre coté ? » évoque simplement le fait que lorsque notre partenaire a un rendez-vous avec un autre amoureux, et qu’on n’a rien de planifié de notre coté (un rendez-vous, une activité, ou juste du temps pour soi), on a plus de chance de se sentir misérable et d’avoir un épisode de jalousie.

      Pour ce qui est de « chéri, aide-moi à me sentir spécial », ca doit etre une question de style, car personnellement, c’est exactement le genre de chose que je vais demander à mon mari en cas de besoin, et il va très bien comprendre et savoir quoi faire. Mais je concois que chaque couple a une dynamique qui lui est propre et que ce qui est normal de dire dans un couple peut sembler bien étrange pour un autre couple 🙂

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