Jalousie et compersion

Kitchen-table-poly ou parallel-poly : Quel est votre style de polyamour?

Kitchen-table-poly

Une savoureuse petite bande dessinée publiée par Kimchi Cuddles soulève en quelques phrases ce qui pourrait s’avérer un élément fondamental de succès ou d’échec de votre couple : faut-il que le papier de toilettes se déroule vers le haut ou vers le bas ? Je plaisante ! Cet élément fondamental est la manière dont vous percevez les interactions – ou l’absence d’interaction – entre vos différentes relations. Vous avez sans doute déjà remarqué que certaines polyamoureux se la jouent plutôt communautaire, mélangeant allègrement leurs différents partenaires dans un même party, tantôt embrassant l’un, faisant un câlin à l’autre la minute d’après. Vous connaissez aussi d’autres polyamoureux qui vont limiter les contacts : leurs différents partenaires connaissent l’existence les un des autres, mais n’échangent guère plus d’information quant à la nature de la relation, dans une perspective de respect de la vie privée de chacun.

Je sais pas si on a inventé des noms en français pour décrire ces différentes versions du polyamour, alors vous me pardonnerez d’utiliser ici les noms popularisés par la langue de Shakespeare. Les premiers, les kitchen-table-poly sont, comme leur nom l’indique, du genre à se retrouver autour d’une table de cuisine en train de discuter entre partenaires et métamours, afin de créer des liens entre toutes les personnes impliquées et d’avoir les canaux de communication ouverts. Leur objectif est de s’assurer que tout le monde soit entendu et ait l’espace d’exprimer ses besoins et ses craintes. Il y a une volonté de coopération afin que tout le monde soit bien (dans la mesure du possible!). Les seconds, on les appelle, en anglais toujours, les parallel-poly. Encore ici, le nom est révélateur : les différentes relations amoureuses se vivent en parallèle les unes des autres, et un effort particulier est investi afin que chaque relation n’ait pas d’impact sur les autres. L’information circule peu entre les partenaires à propos de ce qui se vit avec d’autres personnes, le principe étant que moins chacun en sait, mieux tout le monde se porte.

Il ne faut pas voir ces deux catégories comme des boites séparées, mais plutôt comme un continuum: Personne n’est 100 % kitchen-table-poly, ni 100 % parallel-poly. On se situe plutôt quelque part sur un spectre, avec une propension à préférer l’une ou l’autre des deux approches : je dirais que je suis 80 % kitchen-table-poly. Ça veut dire que je préfère nettement en savoir plus que moins sur ce que mes partenaires vivent ailleurs, mais j’ai tout de même une marge de manœuvre pour la vie privée de chacun : par exemple, je ne demanderais pas à mon/ma partenaire de me parler de sa vie sexuelle avec ses autres partenaires, ou de me raconter des conversations intimes qui ont eu lieu entre eux. Je ne raconte pas non plus les détails de ma vie sexuelle, ni ne répète les confidences de mes partenaires aux autres partenaires. Certaines personnes le font. J’ai notamment entendu parler de gens qui sont excités par les récits des positions et performances sexuelles vécues entre le partenaire et le métamour : tant que tout le monde est d’accord, ça reste une question de préférence.

Cette préférence repose surtout sur ce qu’on perçoit comme rassurant : certaines personnes sont rassurées par beaucoup d’information, car ça leur donne un sentiment d’inclusion, alors que d’autres sont rassurées de ne pas trop en savoir, suivant le principe que ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal. Les deux styles sont des stratégies visant à éviter la jalousie et favoriser la compersion. En tant que kitchen-table-poly, je pourrais vous faire une longue liste de toutes les raisons pour lesquelles il est préférable de mettre l’accent sur la communication et la transparence comme moyen d’atteindre l’harmonie au sein d’un polycule. Mais, ce serait biaisé. La réalité, c’est qu’il n’y a pas un style meilleur que l’autre. Il y a seulement le style dans lequel chacun se sent le plus confortable.

Comme dans un couple et dans un polycule personne n’a exactement les mêmes attentes et les mêmes besoins en matière de style polyamoureux, les partenaires auront avantage à être clairs quant à leurs attentes en matière de transparence et de respect de la vie privée. Voici, à cet effet, quelques questions qui peuvent servir de base de discussion :

  • Qu’est-ce que je m’attends que mon partenaire échange avec moi concernant ses autres relations et partenaires?
  • Qu’est-ce que je m’attends à ce que mon partenaire n’échange PAS avec moi au sujet de ses autres relations et partenaires ?
  • Qu’est-ce que mon partenaire peut dire à ses autres partenaires à mon sujet ?
  • Qu’est-ce que mon partenaire ne peut PAS dire à ses autres partenaires à mon sujet ?
  • À quel moment mon partenaire doit-il m’informer d’une nouvelle relation ? Quand il/elle s’intéresse potentiellement à une personne ? Quand il/elle commence à dater la personne ? Quand il/elle devient amoureux d’une nouvelle personne ?
  • Mon partenaire souhaite-t-il/elle rencontrer mes autres partenaires (métamours) ? Souhaite-t-il/elle que je rencontre ses nouvelles partenaires ?
  • Qu’en est-il de l’amitié entre métamours ? Puis-je flirter avec les partenaires de mon partenaire ? Qu’en est-il des relation amoureuses entre métamours ?
  • Certaines personnes souhaitent avoir des relations sexuelles impliquant leurs différents partenaires (3-somes, 4-somes, more-somes…). Est-ce que cela fait partie de vos attentes ?
  • Lorsqu’une situation de jalousie survient, est-ce que la situation doit se discuter et se régler entre partenaires ? Souhaite-t-on impliquer les métamours dans ce type de discussion ?
  • Toute autre question qu’il vous semble pertinent de clarifier concernant la gestion de l’information et des contacts dans vos relations multiples.

Quand on se rend compte qu’on n’a pas le même style polyamoureux que son/ses partenaire(s)…

J’ai personnellement vécu la situation intenable d’être kitchen-table-poly, alors que mon amoureux était à priori assez flexible sur comment les choses devaient se passer (je ne sais toujours pas à ce jour quel aurait été son style à lui. Je pense qu’il se contentait d’essayer de faire plaisir à tout le monde et d’essayer de répondre aux besoins de ses partenaires comme il pouvait). Comme j’avais un besoin de transparence et de communication, il était d’accord de suivre la vague et de communiquer sur ce qu’il vivait ailleurs. Chacun y trouvait son compte. Lorsqu’il a rencontré une parallel-poly, il a également voulu respecter son besoin à elle, qui était que « ce qui se passe entre nous reste entre nous ». Un besoin de respect de la vie privée tout à fait légitime et clairement exprimé. Mais pour moi, ça voulait dire que la communication et la transparence venaient de prendre le bord concernant tout un pan de la vie de mon partenaire. Autant dire que ça a été le début de la fin : je suis devenue hystériquement jalouse face à tout ce « secret ». Je ressentais douloureusement le fait que le besoin de discrétion de l’autre partenaire semblait avoir priorité sur mon besoin de communication et de coopération (mais est-ce vraiment comme ça que c’est arrivé, ou est-ce seulement comme cela que je l’ai ressenti ? Le cerveau humain est tellement bon à se construire des histoires quand on souffre..). Comme on était tous des néophytes en matière de polyamour, on n’a pas réussi à identifier le problème, du moins, pas à temps pour que la relation puisse être sauvée. Quand j’ai enfin compris ce qui se passait à l’intérieur de moi, toute cette question de comment on gère le lien et la communication entre partenaires et métamours, il était trop tard : j’avais épuisé toutes mes ressources émotionnelles. Il me restait juste la force de plier bagage avec regret, et d’aller lécher mes plaies comme un animal blessé, pas encore pleinement consciente que, moi aussi, j’avais au passage fait du mal aux autres dans tout ce processus d’essayer de me comprendre moi-même.

Ma conclusion est avant tout qu’il faut s’assurer, aussi tôt que possible au début d’une relation, que notre style et celui de l’autre en matière de relations multiples sont compatibles. Mon expérience m’a démontré qu’on ne peut pas forcer quelqu’un à communiquer sur ses autres relations s’il se sent bien dans un style parallèle, ni forcer quelqu’un à se contenter de peu d’échanges sur les autres relations s’il se sent bien dans un style kitchen-table. Tout au plus peut-on négocier sur le détail de ce qui se partage ou de ce qui reste secret, mais je ne crois pas qu’il soit possible à moyen ou long terme de se forcer à fonctionner selon le style de quelqu’un d’autre et de s’y épanouir.

Si vous avez envie d’échanger avec votre partenaire concernant vos autres relations, mais craignez d’enfreindre le respect de sa vie privée, un bon moyen est de ne pas parler de L’AUTRE personne (ce qu’elle a dit, ce qu’elle a fait), mais de parler de ce que VOUS ressentez et vivez dans cette relation : « Ma relation avec Alice m’apporte …………. » « J’aime être avec Bob parce que …………….. »

*****

Le point positif de toute cette aventure est que je peux aujourd’hui vous la raconter avec la satisfaction douce-amère de savoir que mon expérience ici mise à nu dans la sphère virtuelle pourra peut être en éclairer quelques uns, sauver une ou deux relations du naufrage, ou juste confirmer à des personnes que la raison pour laquelle ils s’arrachent les cheveux est bien réelle : il existe des styles différents dans le polyamour, et le bien-être de chacun passe par la connaissance de son propre modèle préféré et par l’expression et le respect de ses propres besoins.

Affectueusement,

Hypatia

Téléchargez gratuitement

deux chapitres de

chapitres

Sur le même thème

1 Commentaire

  • Répondre
    1000i1000
    30 mars 2016 at 17:49

    Curiosité ici, pudeur là, fragilité, insécurité à apprendre ou à ne pas savoir…
    Mon optique, qui est aussi mon éthique, est qu’il n’y a pas à imposer à l’autre ce qu’il peut ou ne peut dire ou faire.
    Ceci dit, je recommande de s’informer mutuellement de ce qui est bienvenue ou malvenue, et des retentissement que l’on aurais à subir ce qui est malvenue. Parfois un écart aux aspiration de l’autre génère une vagues frustration, une désapprobation mêlé de compréhension et d’acceptation, parfois le même acte peut être vécu comme nier l’autre, comme une trahison ou un viol. Hors, dans ma conception des relations, aussi diverses soient-elles, j’ai toujours besoin d’y retrouver comme des idéal vers les quels tendre le plus possibles : respect et liberté, et nécessaire mais moins axiomatique : écoute et bienveillance. Dès lors que ces valeurs et aspirations sont présente, nul besoin d’imposer, avec ce que l’on connaît de ses partenaires, ce qui risque de les faire souffrir et ce qui leur fait plaisir, on peut prendre ses responsabilité et faire au mieux, sans se faire imposer des règles, ni en imposer.

    De mon vécu, quand il y a souffrance émotionnelle, c’est rarement l’acte qui est en cause mais l’incompréhension des motivation de l’acte, ou encore l’interprétation sans confrontation de ce qui à du motiver l’acte.
    Si je me sent délaissé par une non communication, j’interprète peutêtre cette non communication comme « je ne suis pas aussi important que l’autre ». Si je sais que pour l’autre, cette communication serais vécu comme une trahison, et que ce n’est pas pour l’un au dépend de l’autre, mais au regard de mes propre valeur que je choisi de considéré, que vouloir savoir contre la volonté de l’autre est ingérant, et contraire à mon éthique de liberté et respect, alors la non communication deviens plus recevable, mais au final, parce-qu’elle à été remplacé par une communication sur : pourquoi ça, je ne communiquerais pas dessus. (et pourquoi ce n’est pas contre toi, mais pour me sentir en accord avec moi même, chose qui par empathie est généralement considéré comme une réponse légitime, compréhensible, acceptable, ou autre qualificatif similaire)

  • Répondre

    5 × deux =