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« J’ai parlé de mon désir d’ouvrir le couple… »

ouvrir le couple

Folies de jeunesse

C’est durant la vingtaine que j’ai réalisé. Un brin d’échangisme avec une ancienne copine et un bon couple d’amis et soudainement les règles inculquées n’avaient plus de sens.

La notion de l’avarice affective, comme quoi l’amour est une ressource limitée et épuisable qui doit être préservé pour le bénéfice d’une seule personne, me semblait bête et simpliste.

Pourquoi être avare d’une telle richesse lorsqu’elle est garante de tant de bonheur? Pourquoi fermer la porter à ces relations si essentielles au cheminement d’une vie? Non. Je ne voyais aucun mal à la monogamie, mais je refusais de croire qu’il s’agissait là de la seule option.

Le terme Polyamour n’entra dans mon vocabulaire que quelques années plus tard, alors que j’étais en relation monogame avec une nouvelle conjointe. C’était mon choix et je m’en satisfaisais. Ma copine était au courant de mes expériences passées ; elle n’était pas offusquée par mon libertinage, mais, pour utiliser ses propres mots : «ce n’était pas pour elle». Et ce n’était donc pas, bien sûr, «pour nous.» C’était correct. Être en relation implique un certain nombre de concessions. Du reste, ces expériences étaient devenues, après un temps, un peu inconséquentes : des folies de jeunesses à se rappeler à l’occasion. Des histoires à faire rougir, mais rien de véritablement sérieux. Parce que, vraiment, qui fait ce genre de chose-là? Qui vit ce genre de vie-là?

On devient sérieux

Mais au fil du temps on en vient à mieux assimiler les leçons reçues. On comprend d’avantage l’importance d’être authentique et fidèle à soi-même; la valeur d’une vie menée avec ouverture et curiosité, où les opportunités et les nouvelles expériences sont accueillies avec enthousiasme et non pas rejetées avec colère ou indifférence.

On comprend que la vie se doit d’être vécue, selon nos choix et selon nos désirs, au risque de voir celle-ci se jouer au dépend ou indépendamment de nous-mêmes.

Je me rendais compte que, sans être malheureux, je n’en étais pas pour autant heureux. J’aimais ma conjointe et la relation que j’entretenais avec elle, mais il m’était devenu impossible d’ignorer mes convictions. Après 10 ans de monogamie, j’en avais assez. Et je croyais, avec toute la certitude du monde, que la pratique du polyamour serait une expérience saine et enrichissante à tous deux.

LA conversation qui a tout fait basculer !

J’aimerais pouvoir dire que la proposition a été reçue avec curiosité et enthousiasme. Au pire, j’aimerais pouvoir dire que les craintes et les incertitudes ont malgré tout donné naissance à un dialogue serein et constructif.

Mais ce n’est pas le cas.

Mon erreur a été d’avoir présumé, orgueilleusement, que 10 ans de vie commune, d’honnêteté et de fidélité m’avaient donné droit à un quelconque «bénéfice du doute».

Je croyais innocemment que l’amour et la confiance ouvraient toutes les portes.

Je pensais que, puisque je voyais le polyamour sous un jour si positif, ma conjointe, certainement, ne pourrait qu’en faire autant. J’étais prêt à gérer le doute et l’incrédulité, la jalousie… la colère même. J’avais passé des semaines à étudier la question, à me préparer, à essayer de trouver les bons mots, les bonnes paroles pour la rassurer, pour lui dire : «Non chérie, ne pleure pas, je t’aime, je te veux près de moi, je te veux avec moi, ce n’est pas contre toi, c’est pour moi, c’est pour nous…»

Je n’étais pas prêt à recevoir une réponse si négative, à devoir faire face à une fermeture si farouche et si obstinée. Du coup je ne reconnaissais plus ma conjointe. Cette personne si prompte à clore le dialogue et à brandir la menace de la rupture ne pouvait être celle avec qui j’avais passé mes 10 dernières années. Ma conjointe était ouverte et raisonnable, soucieuse de mes désirs et de mes besoins, respectueuse de mes idées. Mais «elle»? Elle non.

J’étais déçu – déçu que cette chose à laquelle j’accordais autant d’importance soit si violemment rejeté, et déçu que ce soit ma conjointe qui l’ait fait.

Et maintenant ?

C’est malheureux la façon dont les craintes et les insécurités peuvent affecter notre jugement. C’est dommage que les attentes et les présomptions en fassent très souvent autant.

La solution à court terme fut de rétablir le statu quo – laisser la poussière retomber et nous permettre à chacun de rebâtir une image positive de l’autre.

Mais le court terme est ce qu’il est, et il viendra un temps où la question devra être relancée.

Si ma conjointe reste sur ses positions, la décision finale m’incombera. C’est une idée, honnêtement, qui me terrorise. Parce que faire du polyamour un choix de vie ne garantit en rien de nombreuses et fortuites rencontres. Qu’importe ce qu’en penserait Kipling, je ne suis peut-être pas prêt à tout risquer sur un simple jet de dés…

(À suivre)

Patrick

 

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2 Commentaires

  • Répondre
    Lisel
    28 février 2016 at 17:34

    Bonjour, pour ma part je me trouve plus de l’autre coté, apprenant au bout de quelques années de relation que ma moitié souhaitait (se devait de) vivre une vie de polyamoureuse. Je sais que si je dis non je la perd, car elle tiens tant a sa liberté qu’elle se choisirai elle même, ce que je comprend, et surtout je ne souhaite absolument pas la perdre. Nous avons passé des années merveilleuses ensemble, pas d’accros, rien et cette nouvelle fait un peu l’effet d’une bombe : est ce que c’est le debut d’un rupture ? Est ce que je vais reussir à vivre avec ma jalousie ? La transcender ? C’est difficile, tout mon système de valeur est detruit, malgré le fait que je comprend son idéal. Mais la souffrance de devoir « partager » est vraiment terrible …

    J’espère de tout coeur que vous saurez être heureux et trouver un terrain d’entente … Et moi je me souhaite de reussir à transcender toute cette douleur pour reussir a passer le cap…

    • Répondre
      Hypatia
      7 mars 2016 at 14:39

      Ce type d’événement peut générer des réactions de type ‘post traumatique’ qu’il est difficile de transcender sans thérapie. Par contre, les fois ou j’ai pu observer que la personne qui a eu la ‘mauvaise surprise’ est devenue confortable avec l’idée de l’ouverture de couple, c’est qu’elle a changé de perspective vers ‘qu’est-ce que j’y gagne, moi ?’. Idéalement, ca s’accompagne d’une période ou votre chéri va vous permettre à vous, d’explorer sexuellement et amoureusement, pendant que lui va s’en abstenir. Cette stratégie a 2 avantages :

      1) il y a bien des chances que vous viviez des expériences enrichissantes, que vous tombiez amoureuse, et que vous compreniez de manière viscérale quelque chose que présentement vous essayer de vous faire rentrer dans la tete sans y arriver vraiment : ce n’est pas parce qu’on a une nouvelle personne dans notre vie qu’on aime moins la personne avec qui on est déjà, ou qu’on a envie de quitter cette personne. En d’autres mots, le polyamour va devenir VOTRE besoin, votre chemin, pas seulement celui de votre conjoint.

      2) votre partenaire va aussi comprendre et expérimenter votre point de vue, celui de la personne qui vit des insécurités, qui se demande si sa vie va changer du jour au lendemain en fonction des décisions et émotions de l’autre, et si ces changements seront positifs ou si toute sa vie va déraper hors de tout contrôle. Il faut parfois pouvoir se mettre à la place de l’autre pour pouvoir agir avec plus de compassion par la suite.

      Mon mari et moi avons procédé comme cela pendant une certaine période ou il n’arrivait plus à voir ce que lui trouvait de bien dans le polyamour. J’ai cessé de fréquenter qui que ce soit pendant quelques mois, jusqu’à ce qu’il trouve une femme qui lui faisait sentir que le polyamour était devenu son choix à lui, pas seulement le mien. J’ai vu d’autres couples faire cela aussi, avec succès. Le partenaire réticent plonge en premier, l’autre attend son tour.

      Par ailleurs, je veux dire un mot sur le vide, le trou béant, laissé par cette ‘bombe’ que vous décrivez. C’est le vide qui se produit lorsque nos croyances et nos valeurs qui sont à la base de notre sécurité et notre système de compréhension du monde sont ébranlées. C’est le même vide que vous ressentez, notamment, si vous êtes une personne religieuse et que vous commencez à perdre votre foi. Richard Dawkings, auteur du bestseller Pour en finir avec Dieu, décrit ce sentiment excessivement douloureux comme ‘un vide fort nécessaire’. La raison pour laquelle il est nécessaire, ce vide que vous ressentez, c’est que, bien que terriblement douloureux, c’est lui qui permettra de mettre en place une nouvelle compréhension de l’amour et du couple. Peu de gens ont le courage de traverser ce que vous traversez : remettre en question les fondements même de la relation la plus importante et déterminante de votre vie ! Ne vous méprenez pas : vous ne souffrez pas parce que vous êtes faible, mais bien parce que vous êtes en train de relever l’un des plus grands défis émotionnels de votre vie ! Vous en ressortirez une personne grandie, enrichie. De deux choses l’une, soit vous saurez pourquoi le polyamour n’est pas pour vous (ce n’est effectivement pas pour tout le monde), soit vous aurez passé le cap d’une déconstruction-reconstruction que seulement 5 % de la société accepte de traverser. Se défaire du mythe de la monogamie, c’est un sacré défi ; ne sous-estimez pas le magnifique travail que vous êtes en train de faire.

      Dernier conseil : ne faites pas ce cheminement toute seule. Osez vous joindre à un groupe, aller rencontrer d’autres polyamoureux, leur formuler vos peurs et réactions irrationnelles (ils vous confirmeront que vous êtes tout à fait normale et ça, ça fait du bien 😀 ). Tant que mon mari et moi essayions de devenir polyamoureux par nos propres efforts, on piétinait. La minute ou nous avons accepté de rencontrer d’autres polyamoureux afin de simplement discuter de nos difficultés, ça a été teeeeellement plus facile. Souvent, on ne veut pas se joindre à un groupe car on a peur que si on rencontre des gens comme ça, le polyamour deviendra ‘plus réel’, on sera ‘vraiment dedans’, on ne pourra plus faire marche arrière… et on se prive de l’aide la plus précieuse qui soit, celle qui vient à travers les connexions humaines.

      Bonne chance, et laissez-nous savoir comment ca évolue ! Affectueusement, Hypatia

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