Polyamour et Famille Sortir du placard

Parents polyamoureux : dire ou ne pas dire ?

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Pour les parents polyamoureux, dire ou ne pas dire aux enfants est une question qui peut donner bien des nuits d’insomnie. Il y a plusieurs facteurs à considérer, incluant surtout l’age et le tempérament de chaque enfant concerné. Ce que je vais partager aujourd’hui, c’est ce qui a constitué pour mon mari et moi l’argument déterminant qui nous a décidés à faire notre coming out à nos trois enfants, qui avaient alors 10, 15 et 18 ans.

Notre histoire

Notre première relation polyamoureuse avait débuté quelques mois auparavant, et comme notre copine Clio était avant tout une amie de longue date, pour un observateur extérieur, il n’y avait rien de particulièrement louche dans le fait qu’elle était rendue chez nous tous les week-ends. Là où ça manquait carrément de subtilité était le fait qu’on dormait tous les trois dans le même lit. Faire croire que c’est parce qu’il n’y avait pas d’autre endroit pour faire dormir notre invitée aurait été prendre un peu nos enfants pour des tarés…

Mais comme les enfants ne disaient rien et ne posaient aucune question, nous avions laissé couler pendant un moment… Toutefois, je compris l’urgence soudaine de prendre une décision lorsque Victor, dans un élan spontané d’affection, prit Clio dans ses bras. La plus jeune de nos filles, Sakura, ayant soudainement l’impression – suivant le modèle monogame dans lequel elle nous avait toujours observés – que ce geste d’affection entre mon mari et une autre femme devait m’avoir causé un sentiment d’abandon, s’empressa de jeter ses bras autour de moi en disant « moi, je colle ma mère! ». Elle avait eu l’air inquiète pour moi et déboussolée par la situation. Dans les jours qui suivirent, je sentis une nervosité monter en elle. Tout ça la dérangeait.

Dire ou ne pas dire ?

La question qu’on se posait était de savoir si, en expliquant aux enfants que nous étions polyamoureux, nous allions les rassurer que tout était normal, que l’harmonie de leur famille n’était pas menacée, que les parents s’aimaient toujours autant, ou si nous allions seulement les perturber et leur causer un souci encore plus grand que celui qu’ils éprouvaient présentement face à une situation floue.

Faire notre coming out à nos enfants, oui, mais seulement si c’était pour faire plus de bien que de mal…

Mon mari eut alors la bonne idée de poser des questions à une amie qui avait elle-même grandi dans une famille polyamoureuse. Elle avait toujours pu observer ses parents en triade avec une autre femme. Au fil des années, ce n’était pas toujours la même, car il y eu des ruptures et de nouvelles rencontres. Bien que les amoureuses de ses parents aient toujours été présentées comme des amies, elle avait senti très tôt que ces femmes n’étaient pas des amies comme les autres, qu’elles avaient un statut particulier.

Les enfants sentent et observent bien plus de choses que ce que nous pensons.

Dès l’age de 10 ans, cette amie avait senti qu’il y avait un secret familial. Ce qu’elle a vécu était un sentiment de déception et de tristesse de ne pas faire partie du secret. Elle comprenait qu’il se passait quelque chose, mais on ne la jugeait pas assez grande – ou assez importante – pour lui expliquer de quoi il s’agissait. Elle aurait voulu être incluse du secret plutôt que d’être tenue à l’écart.

Même si elle aimait beaucoup la plupart des amoureuses de ses parents, à certains moments elle éprouva de la jalousie du lien privilégié que celles-ci avaient avec ses parents. Comme elle n’était pas supposée savoir, pas supposée comprendre, elle n’avait pas non plus la possibilité de parler avec ses parents de ses propres sentiments sur cette situation taboue. Le silence de ses parents lui imposait aussi à elle-même un silence concernant son vécu intérieur. Elle ne pouvait pas s’ouvrir sur comment elle vivait la situation. Elle ne pouvait pas demander à être rassurée.

C’est pourquoi elle nous recommandait de parler à nos enfants. Elle considérait qu’à partir de 10 ans, un enfant observe suffisamment de choses pour qu’il soit nécessaire de lui donner des explications, au risque de laisser une fausse impression sur ce qui se passe, voire sur eux-mêmes, leur place et leur valeur au sein de la famille.

C’est ce qui nous a décidés, Victor et moi, à faire notre coming out à nos enfants. Le détail de comment nous leur avons dit reste à venir dans d’autres articles à suivre.

Hypatia xxx

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1 Commentaire

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    Umzidiu Meiktok
    11 avril 2016 at 09:53

    Merci pour ce texte!

    Mes parents ont gardé un secret – pas du tout similaire, mais quand même – pendant presque trente ans et ça a créé énormément de tension au moment de le révéler. La pression normative s’est transformée en violence psychologique – de la part de mes frères et soeurs vis-à-vis de mes parents – quand c’est sorti. J’ai hâte de savoir comment toute cette histoire s’est déroulée de votre côté, mais c’est intéressant je crois de sortir de l’ombre rapidement, à un moment où le ciment de la norme hétéro/monogame présente à l’école et dans la société ne les aura pas encore trop pollué l’esprit.

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